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Quand l’université ne suffit plus (Portrait d’un jeune diplômé sans emploi, vivant de petits boulots)

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À Bushumba centre, un village situé en groupement de Bushumba, territoire de Kabare, Julien, 29 ans, arpente chaque jour les sentiers de poussière, avec sac à dos. Pas pour aller à l’université. Il en est sorti depuis quatre ans,... mais pour vendre des cartes de recharge et aussi se contenter d'autres petits boulots pour survivre:

Julien est diplômé en relations internationales. Une fierté autrefois, un fardeau parfois aujourd’hui.

« Quand j’ai eu mon diplôme, je croyais que le plus dur était derrière moi. J’avais des projets, je rêvais travailler vraiment… Mais rien ne s’est passé comme prévu!», confie-t-il, le regard fixe sur l’horizon.

Depuis sa remise de diplôme, Julien a multiplié les démarches: lettres de motivation, appels, concours… En vain. Il vit toujours chez ses parents et survit grâce à des petits boulots mal payés, souvent humiliants pour un jeune homme plein de rêves.

Au fil du temps, il a compris une chose que beaucoup finissent par admettre à contrecœur: le diplôme universitaire seul ne garantit plus un emploi. Il faut souvent l'accompagner de formations pratiques, techniques, ou entrepreneuriales adaptées aux réalités du milieu. Que ce soit en agriculture moderne, en conduite de projet, en informatique ou en mécanique, électricité, maçonnerie,... ces compétences concrètes peuvent ouvrir des portes inattendues.

«Parfois je me demande si les années passées à l’université n’ont pas été une erreur. Mais en même temps, je ne pouvais pas imaginer ma vie sans études. C’était notre espoir, à moi et à mes parents.»

Julien n’est pas un cas isolé. À Bushumba comme ailleurs dans le territoire de Kabare, dans la province du Sud-Kivu, des centaines de jeunes diplômés végètent sans emploi, coincés entre l’illusion d’une méritocratie scolaire et la réalité d’un marché du travail saturé, clientéliste et souvent inaccessible sans réseau ou moyens.

Le plus dur, dit Julien, ce n’est pas de ne pas travailler. C’est de se sentir inutile.

« On me regarde parfois comme si j’étais paresseux. Mais si les diplômes ouvraient encore des portes, ça se saurait. »

Quand l’université ne suffit plus, que reste-t-il à une jeunesse assoiffée d’avenir ? Le courage, peut-être. La dignité, sûrement. Mais aussi une immense fatigue. Celle d’attendre, de lutter dans le silence, de survivre là où l’on rêvait de construire. Face à cela, apprendre autrement, localement, concrètement, devient une urgence: pour que les savoirs nourrissent enfin des lendemains possibles.


🎤✍️ Reportage de Pascal Marhegane Ki-Moon, journaliste et blogueur, spécialiste de la jeunesse, au compte de JEUNESSE ET DÉVELOPPEMENT.

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