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Journée mondiale de l’hygiène menstruelle: à Kabare, les jeunes filles en difficulté

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Le 28 mai de chaque année, le monde célèbre la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle. Cette journée met en lumière une réalité souvent ignorée, celle des adolescentes confrontées au manque d’accès aux produits d’hygiène, au silence dans les familles, et à l’isolement:

À Kabare, dans l’Est de la République démocratique du Congo, des échanges entre Jeunesse et Développement, des agents de santé ainsi que certaines filles, révèlent une situation préoccupante.

Des adolescentes livrées à elles-mêmes

Pour de nombreuses jeunes filles, les règles sont synonymes de souffrance et de solitude. Une élève de 17 ans confie:

 « Cela fait déjà plus de quatre ans que j’ai mes règles chaque mois, mais je n’ai jamais reçu de formation ni de matériel pour m’aider à bien m’en occuper. Personne ne m’a expliqué ce que c’était. J’utilise encore des morceaux de tissu, et j’ai toujours peur d’être tachée à l’école. Il m’arrive de rester à la maison pendant plusieurs jours. C’est vraiment difficile. »

Une autre, plus jeune, partage un vécu tout aussi marquant:

« À la maison, personne ne m’a expliqué ce qui m’arrivait. J’avais honte. Parfois, je restais à la maison parce que je n’avais pas de serviettes hygiéniques. »

Grâce aux échanges avec certains agents de santé, ces filles découvrent peu à peu qu’il existe des solutions : serviettes réutilisables, hygiène adaptée, et surtout, qu’avoir ses règles n’est pas une honte. Mais encore faut-il que ces moyens soient disponibles.

Un centre de santé mobilisé mais limité matériellement

L’infirmier titulaire du centre de santé de Mulungu-Miti, Mapendano Badosa Joseph, suit de près cette situation:

« Les règles ne sont pas un tabou. On en parle tous les jours avec les jeunes filles, même avec les parents en séance de sensibilisation. Mais nous avons des difficultés d’intrants hygiéniques. »

Il se souvient: autrefois, l’ONG Action d’Espoir distribuait du matériel aux filles : linges, savons, seaux, sous-vêtements… ce qui garantissait un minimum d’hygiène. Mais aujourd’hui :

« Maintenant qu’elles n’en ont plus, elles sont en difficulté. Certaines ne participent même plus à nos réunions. En cette période de crise, il serait important que des partenaires et des organisations humanitaires viennent en aide à ces jeunes filles pour améliorer leur santé. Les parents aussi doivent parler de la menstruation dans les familles avec leurs enfants. C’est important. Cela permet aux filles de ne pas se sentir seules, et aux garçons de comprendre ce phénomène naturel sans moqueries. »

À l’occasion de cette Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, l’infirmier lance un plaidoyer en faveur des jeunes filles vivant en milieux ruraux, afin qu’elles ne soient plus laissées pour compte dans les politiques de santé publique et les initiatives de soutien.

Un enjeu de dignité et d’avenir

À Kabare, parler de menstruation, ce n’est pas seulement parler de santé. C’est parler de dignité, d’égalité des chances et de respect. En cette journée mondiale, la parole des filles et celle des soignants appellent à une réponse urgente et solidaire.


✍️ Pascal Marhegane Ki-Moon PMK, journaliste, blogueur et humoriste au compte de JEUNESSE ET DÉVELOPPEMENT

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