Kabare face aux difficultés socio-humanitaires : la résilience deviendra-t-elle une norme de survie ?
Depuis janvier 2025, le territoire de Kabare, dans la province du Sud-Kivu, traverse une période particulièrement difficile marquée par l’insécurité, les déplacements de populations et la dégradation des conditions de vie. La guerre qui secoue l’Est de la République Démocratique du Congo continue de laisser des traces profondes dans les communautés locales, où de nombreuses familles vivent encore dans le choc des événements.

Dans plusieurs localités, les habitants évoquent la perte de leurs biens, l’abandon des activités agricoles, l’insécurité permanente et la précarité qui s’installe progressivement. Face à ces réalités, un mot revient souvent dans les discours des acteurs humanitaires et socio-commu'autaires : "la résilience".
Mais dans un contexte où les difficultés persistent, certains se demandent si cette résilience tant évoquée ne risque pas de devenir, pour les populations, une forme d’habitude face à la souffrance.
C’est dans ce contexte que JEUNESSE ET DÉVELOPPEMENT_RDC a recueilli les analyses de trois personnes ressources : un sociologue, un psychologue et un responsable d'une structure des jeunes en territoire de Kabare.
Pour des raisons personnelles, les deux spécialistes ainsi que le jeune ont souhaité s’exprimer sous anonymat.
- Une résilience imposée par les circonstances
Pour le sociologue spécialisé dans les dynamiques sociales en période de conflit contacté par notre rédaction, la résilience est devenue une réalité quotidienne dans les communautés de Kabare.
« Les habitants continuent de vivre, de travailler et d’organiser la vie communautaire malgré les difficultés. C’est déjà une forme de résilience. Mais il ne faut pas que ce mot devienne une manière de demander aux populations d’accepter indéfiniment des conditions de vie précaires », explique-t-il.
Lors d’un entretien accordé ce jeudi 12 mars au média de la jeunesse, ce sociologue a également rappelé que la résilience, bien qu’essentielle pour surmonter les épreuves, ne doit pas servir à justifier la souffrance ou l’injustice.
Selon lui, l’idéal reste de combiner la résilience personnelle des populations avec des solutions collectives et durables aux problèmes sécuritaires et socio-économiques.
- Des traumatismes silencieux dans la population
De son côté, un psychologue basé au Sud-Kivu estime que la situation actuelle laisse des séquelles psychologiques importantes chez de nombreux habitants à Kabare comme dans toute la partie Est du pays.
« Beaucoup de personnes vivent avec des traumatismes liés aux violences, aux déplacements et à l’incertitude permanente. On parle souvent de résilience, mais il faut aussi parler de guérison psychologique et d’accompagnement des victimes », souligne-t-il.
Selon ce spécialiste, sans prise en charge psychosociale suffisante, la souffrance peut rester enfouie et affecter durablement les communautés.
- La jeunesse entre courage et incertitude
Du côté des jeunes, le sentiment est partagé entre la volonté de résister aux difficultés et la fatigue face à une crise qui s’éternise. Un responsable d’une structure des jeunes de Kabare, interrogé par JEUNESSE ET DÉVELOPPEMENT_RDC, explique que la jeunesse tente de garder espoir malgré tout.
« Les jeunes essaient de s’organiser, de soutenir leurs familles et de maintenir certaines activités communautaires. Mais la vérité est que la guerre et les difficultés socio-économiques nous fatiguent. La résilience ne doit pas seulement signifier supporter la situation, elle doit aussi conduire à des solutions concrètes », affirme-t-il.
Selon lui, la jeunesse attend davantage d’initiatives pour soutenir l’emploi, l’éducation et la reconstruction sociale dans la région.
Une résilience qui doit mener à la reconstruction
Aujourd’hui, dans plusieurs villages et groupements de Kabare, la population continue de s’adapter aux circonstances avec courage. Les familles tentent de relancer leurs activités et de maintenir la cohésion communautaire malgré les difficultés.
Pour les spécialistes interrogés, la véritable question reste toutefois ouverte : la résilience des populations servira-t-elle de point de départ pour une reconstruction durable, ou risque-t-elle de rester une simple stratégie de survie face à une crise qui perdure ?
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JEUNESSE ET DÉVELOPPEMENT_RDC
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