Sud-Kivu : le projet « Femmes en Action » transforme les mentalités sur l’accès des femmes à la terre à Kalehe, constate Marie Bwami
Du 6 au 7 mai 2026, une formation sur les droits fonciers des femmes s’est tenue à Ihusi, dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu (Est de la RDC), à l’intention d’une vingtaine de femmes et de jeunes filles issues des communautés locales. Cette activité a été organisée dans le cadre du projet « Femmes en Action », qui œuvre pour la promotion des droits des femmes et le renforcement de leurs capacités en matière d’accès à la terre et de mécanismes de sécurisation foncière.
Au cours d’un entretien accordé à Jeunesse et Développement_RDC, Marie Bwami, coordonnatrice de l’Association pour la Conservation Communautaire de la Biodiversité (ACCB) et coordonnatrice provinciale de la Coalition des Femmes Leaders pour l’Environnement et le Développement Durable (CCFLED), a salué les progrès enregistrés dans les communautés, notamment à Kalehe, grâce aux différentes sensibilisations menées depuis le début du projet.
Selon elle, cette formation visait principalement à renforcer les connaissances des femmes et des jeunes filles sur leurs droits fonciers, leur accès à la terre ainsi que leur participation dans les mécanismes de gouvernance foncière en RDC.
« Nous organisons des séances de sensibilisation, des dialogues multi-acteurs et des émissions radiophoniques afin d’impliquer les femmes, les hommes, les autorités coutumières et les leaders communautaires dans la promotion des droits fonciers des femmes », explique-t-elle.
Marie Bwami souligne que les obstacles restent nombreux dans plusieurs communautés rurales, notamment à cause des pesanteurs coutumières qui empêchent encore les femmes d’accéder à l’héritage foncier ou à la propriété terrienne.
« Dans plusieurs coutumes, la femme n’a toujours pas droit à l’héritage foncier. Pourtant, la terre constitue l’une des principales sources de revenus pour les familles rurales », regrette-t-elle.
La coordonnatrice de l’ACCB évoque également la faible connaissance des droits fonciers par les femmes elles-mêmes, particulièrement les femmes autochtones et les jeunes filles vivant en milieu rural.
Malgré ces défis, elle se dit rassurée par les résultats déjà visibles sur le terrain après plus de 30 mois de mise en œuvre du projet Femmes en Action. Grâce à l’approche communautaire basée sur les Associations Villageoises d'Epargne et de Crédit (AVEC), les Mutuelles de Solidarité (MUSO) et les organisations féminines de base, les messages de sensibilisation continuent à se propager dans plusieurs villages du territoire de Kalehe.
« Aujourd’hui, certains hommes nous disent que leurs femmes ou leurs sœurs leur parlent désormais des droits fonciers des femmes. Cela montre que les mentalités commencent progressivement à changer », affirme-t-elle.
Selon elle, le projet contribue également à la réduction des violences communautaires et des violences basées sur le genre, souvent liées aux conflits fonciers et à l’exclusion des femmes dans la gestion des ressources naturelles.
En parallèle, le projet soutient aussi l’autonomisation économique des femmes rurales à travers des appuis financiers destinés aux AVEC, aux MUSO ainsi qu’aux organisations paysannes féminines, afin d’améliorer les conditions de vie des femmes et leur résilience face aux effets des changements climatiques.
Profitant de cette occasion, Marie Bwami a remercié les femmes et jeunes filles ayant pris part à cette formation pour leur engagement et leur volonté de défendre leurs droits au sein des communautés.
Elle a également lancé un appel aux leaders communautaires, aux autorités coutumières ainsi qu’aux hommes à accompagner les efforts visant à promouvoir les droits fonciers des femmes.
« Nous ne venons pas bannir les coutumes, mais nous demandons aux gardiens des traditions d’assouplir certaines pratiques qui freinent encore l’accès des femmes à la terre. Permettre à la femme d’accéder à la terre, c’est aussi contribuer au développement et à la stabilité des communautés », a-t-elle insisté.
Rappelons que le projet "Femmes en Action" est exécuté dans les provinces du Sud-Kivu, notamment dans les territoires de Kabare, Mwenga et Kalehe, ainsi qu’au Nord-Kivu, dans le territoire de Walikale. Ce projet met également un accent particulier sur l’autonomisation des femmes à travers la promotion de leurs droits économiques et sociaux, tout en valorisant la biodiversité comme un levier essentiel de résilience communautaire. Il est financé par Affaires mondiales Canada en consortium avec Jane Goodall Institute Canada et Fondation Paul Gérin-Lajoie.
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Par Pascal Marhegane


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